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Les chrétiens et la détention

in ik-ben-frans le mardi 3 mars 2026
🏷 justice 🏷 politique 🏷 religion

L’actualité de ce début d’année s’est attardé sur un détenu célèbre dont la peine de prison ferme a été aménagée. Le multi-condamné, ancien Président, a été autorisé à purger sa peine à domicile sous bracelet électronique. Cet aménagement de peine a suscité des débats sur l’égalité devant la justice et les privilèges des personnalités publiques.

L’aménagement des peines pour éviter l’incarcération n’est pourtant pas une mauvaise idée pour éviter la surpopulation des prisons qui coûte cher à la justice. Seulement le cas médiatique de l’année semble être une exception. La population carcérale française ne cesse d’augmenter, entraînant une surpopulation chronique dans les prisons.

Evolution mensuelle des personnes écrouées détenues en 2023 2024 2025. Trous courbes qui n'arrêtent pas de monter
Extrait du rapport Statistique des établissements et des
personnes écrouées en France
par le ministère de la justice

En France, les établissements pénitentiaires sont régulièrement pointés du doigt pour leurs conditions de détention difficiles, liées à un taux d’incarcération élevé. À l’inverse, les Pays-Bas suivent une évolution radicalement différente. Il y a quelques années plusieurs prisons fermaient faute de détenus. Un contraste frappant, qui interroge sur les différences de politiques pénales et de cultures juridiques entre les deux pays.

Nombre de détenus et taux de détention

Alors la France est plus peuplée que les Pays-Bas et il est donc normal qu’il y ait plus de détenues dans le pays le plus grand. Sur la page Wikipédia qui classe les pays par population carcérale, les États-Unis, la Chine, le Brésil et l’Inde, pays plus peuplés du globe, forment le groupe de tête[1]. Le nombre de détenus n’est donc pas une donnée de comparaison valable. C’est pourquoi, il est possible de regarder le taux de détention, c’est à dire le nombre de détenus pour 100 000 habitants. La page Wikipédia affiche cette donnée et on constate que la France est dans le milieu du tableau avec 126 détenus tandis que les Pays-Bas affiche meilleur taux à 64 détenus pour 100.000 habitants.

Cette divergence s’inscrit dans une tendance de long terme. Les Pays-Bas ont progressivement réduit leur population carcérale, au point de devoir fermer des prisons. À l’inverse, la France fait face à une hausse continue du nombre de détenus, avec des prisons souvent saturées à plus de 120 % de leur capacité.

La différence s’explique par une volonté politique de la justice néerlandaise à privilégier des peines de plus courte durée et à éviter l’enfermement des condamnées autant que possible. Un article du magazine le Cri explique que cette volonté pourrait s’expliquer par la culture religieuse du pays.

La média le Cri

Lancé récemment, Le Cri est un mensuel français ( chrétien joyeux et radical ) qui se propose d’éclairer l’actualité à travers le prisme de la foi chrétienne, sans tomber dans le dogmatisme. Il est porté par une équipe de journalistes agacés par le recours caricatural des médias d’extrême droite à la tradition catholique. Cette nouvelle équipe s’attache à commenter l’actualité en s’appuyant sur les traditions protestantes et catholiques, tout en ouvrant le dialogue avec d’autres courants de pensée. Le magasine est au format papier ce qui n’empêche pas la rédaction de le rendre présent sur les réseaux sociaux et sur le web.

mensuel le cri de février 2026

Un article du Cri sous forme de question qui a provoqué l’écriture de cet article : Pourquoi les protestants mettent-ils moins en prison que les catholiques ? Dans cet article, le théologien Frédéric Rognon, suggère que les différences entre protestants et catholiques pourraient jouer un rôle.

Historiquement, les pays de tradition protestante, comme les Pays-Bas, ont développé une vision de la justice axée sur la réhabilitation et la réparation, plutôt que sur la punition. À l’inverse, les pays de tradition catholique, comme la France, privilégient souvent une approche plus répressive, héritée d’une conception de la justice comme expiation des fautes. Cette hypothèse, développée dans l’article, offre une clé de lecture culturelle à ces divergences.

Frédéric Rognon cite surtout les pays scandinaves qui, comme les Pays-Bas, conçoivent également plus d’alternatives à la prison, comme l’incarcération en milieu ouvert. La France, bien que développant aussi ces alternatives, reste culturellement attachée à l’incarcération comme réponse principale à la délinquance. Cette différence se reflète dans les taux de récidive. Les Pays-Bas, avec leur approche centrée sur la réinsertion, enregistrent des taux de récidive inférieurs à ceux de la France. Un argument de plus pour ceux qui défendent un modèle plus humain et moins coercitif.

Les calvinistes des Pays-Bas

Dans mon article Catholiques et protestants, je notais déjà cette différence culturelle qu’on pouvait observer dans la vie de tous les jours comme l’absence de rideaux aux fenêtres. Frédéric Rognon explique que pour les protestants, la souffrance est d’une certaine façon absurde. Elle n’a pas de valeur en soi. À Amsterdam, j’ai observé un rapport tout calviniste à la souffrance. La souffrance est un marqueur de style de vie, qu’il faut endurer quand elle se présente. C’est ce qui explique que les médecins qui sortent souvent de la fac de médecine de Vrije Universiteit Amsterdam (la fac protestante) ne prescrivent que du paracétamol quelles que soient les souffrances de leurs patients[2]. Je ne sais pas trop si c’est dû à la valeur de la souffrance, mais en tant que patient souffrant, j’ai dû apprendre à parfois prendre mon mal en patience.

Si cet exemple semble indiquer un rapport favorable à la souffrance, ce n’est pas complètement le cas. Accepter la souffrance ne signifie pas qu’il faille l’imposer aux autres (heureusement). C’est pourquoi le Néerlandais, même s’il est habitué à une vie rude, n’imposera pas ce mode de vie à autrui. C’est ainsi que les Provinces Unies ont longtemps été une terre d’accueil pour les réfugiés persécutés ailleurs et que les catholiques n’étaient pas pourchassés, mais tolérés. C’est ce même pragmatisme qui prime pour l’application des peines, favoriser la réinsertion pour que les délinquants coûtes moins cher, moins longtemps à la société. Ça se tient.



  1. Les chiffres de la page wikipédia, au moment de l’écriture sont de 2024. ↩︎

  2. J’aurais bien quelques exemples pour illustrer mon propos qui se sont quand même terminé par le bon traitement dès le lendemain. ↩︎

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