Les nécros qui ont accompagné le départ de Lodewijk Frederik Ottens ingénieur chez Philips qui était à la tête de la R&D sur le site d'Hasselt en Belgique de 1960 à 1969. C'est là que Philips sort l'enregistreur à cassette EL 3300 qui a été sur toutes les bureaux d'enfants de mon age et la fameuse cassette compacte présentée au salon IFA de Berlin en 1963. Ça n'a pas tout de suite été l'engouement d'autant que de nombreux fabricants ont aussi proposé des systèmes comparables de lecteurs à bande qu'on n'avais plus besoin de rembobiner.

Le succès de la compact cassette plus connue sous le nom de cassette audio tient peut-être à deux choses: Le brevet et le « soutien des artistes ». Le soutien des artistes est venu par la sortie sur cassette de plusieurs albums de la maison de disque Mercury aux Etats-Unis au cours de l'année 1965. Il faut dire que cet éditeur est une filiale de Philips. Les artistes n'ont d'ailleurs peut-être pas eu leur mot à dire. Le brevet était peut-être plus déterminant dans le succès de ce nouveau support. Philips était bien détenteur du brevet de l'invention de Lou Ottens mais la licence était gratuite pour tout fabricant de matériel voulant l'exploiter. Un pas que les Sony, Matsushita, Grundig, RCA, General Electric franchissent rapidement. Les chimistes AGFA, BASF, Maxell, TDK leur emboîtent le pas…

Tout le monde adopte la cassette et les nouveaux usages qui vont avec, changer de face en roulant, personnaliser ses jaquettes avec des dessins ou des photocopies et bien sûr, rembobiner avec un stylo parce que quand on enregistre un album sur une C90 il y a toujours plusieurs minutes de blanc à la fin

La facilité d'enregistrement, de copie et de transport de ce support va faire naître une nouvelle culture qui portera le nom de culture cassette regroupant les nouveaux usages des compilations faites pour les copains aux bootlegs aux enregistrements de concerts et à l'autoproduction. On dit que c'est une culture punk mais dans les pays totalitaires c'est une véritable économie souterraine autour des musiques interdites qui voit le jour avec la cassette tandis que dans nos pays, elle transforme les cours de récrés en des lieux d'échanges culturels (pratique qui a hélas, été réprimée violemment dans les années 90 sous prétexte qu'elle avait lieu sur un autre support).

Lou Ottens a passée toute sa carrière chez Philips et il a quitté la multinationale néerlandaise en 1986 mais il est passé par plusieurs divisions notamment celles qui ont mis au point le format Video 2000 qui n'a pas percé et le compact disc, développé avec Joop Sinjou qui lui, a cartonné grâce à l'alliance que Ottens a su passer avec Akio Morita avant même la fin de la phase de développement.

Beaucoup d'entreprises cherchaient déjà un support musical utilisant le numérique. Sony était plus avancé que Philips mais l'entreprise néerlandaise a réussi à les doubler pour la fabrication d'un objet suffisamment petit avec assez de données pour tenir une heure de musique. Les deux entreprises ont donc décidées d'unir leurs efforts sur ce produit et Philips et Sony sont donc devenus les deux propriétaires du brevet du compact disc. Et là encore, la licence était gratuite.

A la fin de sa carrière Ottens a laissé la R&D pour passer à la logistique et toutes ses nécro soulignent qu'à se poste aussi il a marqué l'entreprise de son passage par quelques innovations qui ont permis à l'entreprise d'économiser du temps et de l'argent. Dans certaines interviews, il évoque son seul regret de carrière, lui aussi lié à Sony, celui de ne pas avoir inventé le Walkman. Là c'est une autre histoire.